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Se rouler avec les cochons

EXTRAIT DU NOUVEL OUVRAGE COLLECTIF DU CERCLE DU LEADERSHIP « NOS ENERGIES ESSENTIELLES »

Par : Anne-Laure Pams, Directrice de l’activité Leadership Development et Executive Coach

« Il faut d’abord savoir ce que l’on veut, il faut ensuite avoir le courage de le dire, il faut ensuite l’énergie de le faire. »
Georges Clemenceau


Il y a quelques mois, j’ai fait un rêve.
Dans ce rêve, je plaquais tout, je changeais de vie et je partais m’installer sur le plateau de l’Aubrac.
À cette époque de l’année, je traversais une période de forte baisse d’énergie… J’en avais assez de l’ébullition du quotidien. Je ressentais une fatigue mentale et décisionnelle. Mon sommeil n’était plus récupérateur, et chaque matin je me réveillais tout aussi
déchargée que la veille. J’étais en énergie très basse. Enfin, c’est ce que me disait ce rêve.
L’ironie de la situation était qu’à ce moment précis, Raphaëlle m’avait sollicitée pour intervenir lors d’une conférence du Cercle du Leadership pour parler d’énergies. Pourquoi cette invitation ? Parce que je suis coach et que dans mon quotidien, certaines demandes de dirigeants sont en rapport avec la détection ou la mobilisation des énergies pour mieux atteindre des objectifs ambitieux.
N’ayant jamais été confrontée à une baisse aussi importante de ma propre énergie, j’ai décidé de m’appliquer à moi-même ce que peut contenir une séance de coaching quand celle-ci a trait à une problématique d’énergie.
Cette méthode, cette démarche, se déroule en cinq étapes.


 

Accepter et admettre la réalité

Le premier point a d’abord consisté à admettre la réalité en toute objectivité et humilité. Admettre que je n’étais pas en énergie haute et accepter la situation. Accepter de ne pas être « au top » en permanence. Accepter ma faiblesse du moment. Accepter de ne pas céder aux injonctions fortes de la société et des organisations qui nous poussent à être en permanence dans la performance et dans une certaine forme de délire de surpuissance.
Acceptation d’autant plus compliquée qu’au quotidien je suis plutôt reconnue pour être une personne très dynamique et énergique. C’est d’ailleurs ma « couleur » majeure dans mes accompagnements, et mes coachés ressortent de séance, le plus souvent, boostés. Comment ai-je pu perdre cet élément singulier de ma personnalité ?
Il me fallait aussi accepter le « cadeau mal emballé
1 » de cette invitation à intervenir en conférence. Pourquoi « mal emballé » ? Car ce n’était pas le bon moment au regard de ma baisse d’énergie, même si l’invitation était double, puisqu’elle m’invitait à me recentrer et à m’interroger sur le message qui m’était envoyé. Qu’est-ce que cela me dit ? Qu’est-ce que cela m’apporte ?
Des cadeaux « mal emballés », nous en avons tout au long de notre vie. Un licenciement, une rupture subie, une promotion qui nous échappe. C’est sur le coup douloureux, mais une réelle chance si l’on y pense, car le cadeau est le plus souvent créateur de nouvelles opportunités, de découverte et de renouveau.
Le message subliminal de mon cadeau « mal emballé » était de prendre du temps pour moi, de prendre du recul et de la hauteur, de me remettre en dialogue interne et d’accepter le ralentissement du temps pour mieux en reprendre le contrôle.

 

« Se rouler avec les cochons »

Pour Dan Low2, coach, auteur et conférencier originaire de Singapour, le Cochon symbolise une tâche désagréable qui doit être faite, mais
que chacun préférerait éviter de traiter. Ainsi, « se rouler avec les cochons » revient à faire des choses déplaisantes, celles que nous remettons sans cesse à plus tard, parce qu’elles ne nous passionnent pas ou même nous rebutent. Sauf que, si nous refusons de nous « rouler avec » ces dernières, nous serons poursuivis par le Taureau, symbole du stress. Plus le stress augmentera, plus il consommera de notre précieuse énergie. Nous avons tous nos cochons, propres à chacun. Prendre le temps de les identifier et de « se rouler avec » se révèle parfois nécessaire et salutaire.
J’ai donc fait la liste de toutes les petites tâches déplaisantes de mon quotidien – mes « cochons » donc – qui créaient une charge mentale importante et qui consommaient mon énergie. Puis je me suis attelée à « me rouler avec », en commençant par la tâche qui me semblait être la moins rebutante, la plus petite, la plus facile.
Quel est le bénéfice de « se rouler avec les cochons » ? Cela permet de libérer son esprit, de le clarifier et de faire de la place pour se remettre en action. Effectuer des tâches jugées ingrates procure un sentiment d’accomplissement intense. Cela génère de la fierté et nous recharge en énergie.

 

Se connecter à ses ressources profondes

Dans mon rêve, je quittais donc ma vie parisienne pour partir m’installer sur le plateau de l’Aubrac, dans le village même d’Aubrac.
L’Aubrac est l’un de mes lieux préférés au monde. Tout y est beau, les couleurs varient à chaque saison, mêlant le granit au manteau blanc optique de la neige en hiver, à une explosion de couleurs au printemps.
Dans mon rêve, je percevais la lumière douce du soleil rasant de fin d’été, ses ocres lénifiants, ses rouges stimulants… Un calme absolu s’impose sur le plateau.
Zone blanche, le temps y semble suspendu. Il existe peu de régions en France où l’on peut se couper de manière aussi radicale du bruit et de l’agitation des cités. Tout n’y est pour moi qu’invitation à l’émerveillement, à la sérénité et au ressourcement.
Spontanément, nous pourrions penser que ce rêve était l’analogie de ma fuite. Une personne de mon entourage, à qui j’avais parlé de

mon rêve, m’a questionnée sur le caractère délicieux de cette fuite. Question pour le moins déroutante puisqu’il n’y a a priori rien de délicieux dans une fuite.
Et pourtant, cette question m’a amenée à analyser en profondeur ce que représentait cet endroit pour moi. C’est alors que j’ai transformé cette stratégie de fuite en une stratégie de ressources. D’une projection anxieuse est alors née une projection vertueuse.
Je me suis alors projetée en Aubrac, de façon très consciente, afin de pleinement ressentir l’énergie que ce lieu me procurait.
En m’ouvrant ainsi, je me suis « auto-réalisée » selon la formule que des praticiens de PNL
3 appellent un « ancrage ».
Ces ancrages consistent à inviter un coaché à se souvenir et à revivre intensément un moment positif et à l’ancrer dans le présent par un geste ou une parole. Une sorte de mot ou pensée magique, qui peut, lors de moments difficiles, le ramener dans un esprit plus serein.
Pensée magique qui permet également de s’autoconditionner pour réussir une situation (réussir un entretien, par exemple).
L’ancrage est un outil puissant, facile à réaliser et que l’on peut déclencher à l’envi. J’ai pour ma part conservé mon ancrage aubracien, il me sert encore aujourd’hui dès que j’ai besoin de me sentir en énergie haute ou de retrouver de l’apaisement.

 

Visualiser un objectif

Une fois m’être « roulée avec mes cochons » et avoir identifié mes ressources internes, je me suis attelée à refixer et à visualiser des objectifs. Cela semble évident, mais dès que l’on regagne de l’énergie, il n’est pas question de la gaspiller. Et déterminer des objectifs et les visualiser permet de limiter la dépense d’énergie en l’orientant à dessein.
Tous les sportifs de haut niveau ont un objectif en tête, du matin au soir et du soir au matin. Le fait de visualiser en permanence leur objectif leur permet de canaliser leur énergie et de limiter au maximum les
actions improductives. Et cela leur permet d’avoir un niveau maximal de motivation et de détermination.
Dans mon cas précis, mon objectif n’était évidemment pas de décrocher une médaille d’or, mais je l’ai déterminé et l’ai pleinement visualisé. Ainsi, toutes mes actions et énergies convergent vers l’atteinte de ce dernier.
Visualiser l’atteinte de ses objectifs, tout comme les ancrages en PNL, permet de considérablement augmenter le niveau d’énergie.
En coaching, nous fixons de concert des objectifs en démarrage. Ils sont nécessaires pour éviter l’éparpillement et le gaspillage d’énergie. Amorcer les actions de changement requiert beaucoup de mobilisation et d’énergie. Avoir un objectif précis permettra à la fois de générer de l’énergie, mais également de la consommer de façon appropriée.

 

Passer à l’acte

Une fois ces différentes actions engagées et menées, je commençais à sentir que ma jauge d’énergie était bien remontée. Je me ressentais vive et alerte, je retrouvais de l’excitation dans mon quotidien et surtout de la perspective. Le temps de se remettre en action était arrivé.
Il est fort utopique de penser que nous pouvons passer du point mort à la cinquième, c’est même impossible. Il est alors pertinent d’utiliser ce que nous appelons la règle des 5P
4 ou encore « méthode des petits pas », c’est-à-dire le Premier Plus Petit Pas Pertinent (ou Possible diraient certains coachs).
Cette méthode, inspirée par la méthode Kaizen, a pour idée que l’on doit modifier la plus petite chose possible pour tendre vers plus d’efficacité. Mises bout à bout, ces petites modifications génèrent des changements en profondeur et des résultats tangibles.
Par nature, l’ego veut des challenges à sa mesure. Or, plus le challenge est important, plus le risque d’échec le guette.

Évidemment, avoir un but puissant5 dans sa vie est essentiel, c’est ce qui va tendre l’élastique de la motivation. Mais, attention, partir d’emblée sur un objectif très ambitieux peut être contre-productif.
Il peut se révéler pertinent de décomposer ce but puissant en sousobjectifs et ainsi poser des jalons de réussite. Par cette démarche réaliste, petit pas après petit pas, l’individu va s’inscrire dans un cercle vertueux, activer sa dynamo interne et chaque coup de pédale va permettre de créer encore plus d’énergie. Ainsi, avant de se mettre comme objectif d’aller courir quatre fois par semaine, il sera plus réaliste de déjà se donner comme objectif d’aller acheter des chaussures adaptées. Puis d’aller courir une fois par semaine, puis deux, puis trois.
Chaque petit succès va en appeler un autre, chacun allant au fur et à mesure s’ancrer dans la carte-mère du système. Avec, en bonus, de l’énergie supplémentaire !
C’est ainsi que je suis revenue à un état d’énergie haute à ma plus grande satisfaction, renouant avec un état qui me permet d’exercer mon métier avec passion… et énergie !
Si vous-même vous sentez en énergie basse, voici mon conseil : si vous trouvez votre
endroit ressource et que vous vous roulez avec vos cochons, vous pourrez alors lâcher les mustangs !

 

1. Expression d’une conférencière et auteure canadienne, Christine Michaud.

2. D. Low, L’Art du self-combat. Maximisez votre potentiel, Pearson, 2002.

3. PNL (programmation neuro-linguistique) : thérapie brève mise au point dans les années 1970 aux États-Unis par John Grinder, professeur de linguistique, et Richard Bandler, mathématicien et psychothérapeute.

4. La règle des 5P est inspirée de la méthode Kaizen développée aux USA au début du xxe siècle, puis, reprise après la Seconde Guerre mondiale par les Japonais, d’où son nom. Kaizen, est formé de kai, « changement », et zen, « meilleur ».

5. J.-M. Sabatier, La Force du mental. Être un champion, ça s’apprend, en entreprise comme dans le sport, Dunod, 2013 

 

Livre précommandable et disponible dès le 3 février